Faire de l'ombre dans un potager plein sud, sur un ancien terrain de tennis à Ohain

Réalisation
Jardin potager résilient
Lasne
En cours

Le jardin de Sylvie, à Ohain, a une histoire particulière : c'était un terrain de tennis avant qu'elle et son architecte paysagiste ne le repensent entièrement. À la place des lignes blanches, il y a maintenant une pelouse vallonnée, des bacs de culture disséminés un peu partout et une serre MyFood installée pour son projet de vie. C'est une serre en aquaponie, mais sans poissons, juste les nutriments. Sylvie a pris goût à la mise au vert. Elle veut surtout pouvoir cultiver au printemps et en été, sans se prendre la tête avec l'hiver. Reste un problème, et pas des moindres : cet espace potager est en plein sud, très ensoleillé, et la chaleur monte vite, trop vite, dans la serre comme dans les bacs en corten.

Un sol hérité d'un terrain de tennis

Le terrain a été décaissé sur 50 cm pour retirer la base de l'ancien court, brique pilée et stabilisé, mais il en reste malgré tout un peu en profondeur. Par-dessus, de la terre argileuse a été rapportée pour permettre les plantations. Le résultat est un sol tassé et argileux, assez éloigné d'une bonne terre de jardin. Il fallait garder ce point de départ en tête pour tout le reste du projet.

Trop de soleil, pas assez de fraîcheur

L'exposition plein sud est un vrai atout pour la croissance au printemps, mais elle devient un problème dès que les températures grimpent. La serre chauffe fort, et les bacs en corten, qui accumulent la chaleur par nature, surchauffent au point de stresser les racines.

Sylvie n'avait pas attendu pour réagir, et elle avait bricolé de l'ombrage plutôt malin. Elle avait tendu des tentures dans la serre et planté des parasols au-dessus des tomates et des bacs en corten. Elle avait aussi entouré ses pots de carton pour éviter qu'ils ne cuisent au soleil. Ça fonctionnait, mais elle s'est vite rendu compte d'une chose : cultiver en pot quand on part en vacances, c'est compliqué. Un pot sèche en une journée de canicule, et sans personne pour arroser, les plants n'ont aucune réserve. Elle m'a contacté pour trouver des solutions plus durables, capables de faire baisser la température et de garder l'humidité sans dénaturer l'esprit du lieu.

Vue plongeante sur l'abri de jardin en construction, entre la serre et les massifs

Août : parer au plus pressé

Quand les canicules d'août sont arrivées, il n'était plus question d'attendre. La priorité absolue, c'était l'ombre. On a donc commencé par les structures capables d'en donner tout de suite : une pergola, une arche et des bordures en corten. Les plantes grimpantes prévues pour les couvrir n'avaient évidemment pas encore eu le temps de pousser. Ces structures ont donc d'abord servi à accrocher des voiles d'ombrage et des parasols pour protéger les cultures en dessous.

Côté arrosage, les oyas ont fait une vraie différence. Enfouies sous le paillage de foin, elles ont aidé les plantes à garder leur humidité malgré la chaleur. Les courgettes de Sylvie, en particulier, ont adoré.

Une pergola en pente pour faire grimper les kiwis

À gauche de la serre, une pergola métallique en demi-pente accueillera des kiwis. Une fois installés, ils formeront une ombre vivante qui se renouvelle chaque année. En attendant, la structure sert déjà : on peut y tendre des draps, un voile d'hivernage ou des voiles d'ombrage selon la saison.

Une arche entre les bacs corten, pour les courges et les concombres

Entre les deux bacs en corten du potager principal, une arche métallique relie désormais les deux structures. Concombres et courges viendront la couvrir au fil de l'été, créant un tunnel d'ombre naturel au-dessus du passage.

De l'autre côté des bacs, à l'opposé de l'arche, j'ai ajouté des tiges en métal avec des crochets soudés. Elles permettent d'accrocher facilement des voilages pour ombrer les cultures pendant les fortes chaleurs, puis de les retirer quand le soleil se calme.

Des oyas pour une réserve d'eau en profondeur

C'est là que les oyas prennent tout leur sens, surtout pour quelqu'un qui part en vacances. Il y en a maintenant à différents endroits du jardin, dans les bacs comme en pleine terre. Enterrées près des racines, elles créent une réserve d'eau qui s'infiltre lentement. Une fois remplies, elles tiennent plusieurs jours sans intervention. Elles poussent aussi les plantes à développer un système racinaire plus profond, donc plus résistant à la chaleur et au manque d'eau.

Montage de la pergola métallique en demi-pente le long de la serre MyFoodDraps tendus sous la pergola pour ombrer les plants pendant la canicule d'aoûtSerre ombrée par des draps et bacs corten protégés par des parasols en plein étéPergola à treillis métallique et plate-bande en corten pour framboisiers à côté de la serre

Deux plates-bandes en corten pour les framboisiers, artichauts et choux

De chaque côté de la serre, deux bandes bordées de corten structurent l'espace : d'un côté les framboisiers, de l'autre les artichauts et les choux. Côté framboisiers, la bordure s'enfonce à 20 cm dans le sol. Les framboisiers drageonnent, c'est-à-dire qu'ils envoient des racines qui ressortent un peu plus loin. Sans barrière, ils finissent par coloniser le terrain. Cette bordure les garde là où ils doivent être.

Un bac de 4 mètres et une étagère à tomates le long de la terrasse

En remontant vers la maison, sur une terrasse en bois qui surplombe le potager, Sylvie cultivait déjà tomates et aubergines en pot. L'emplacement est lui aussi très ensoleillé. Elle voulait un vrai bac le long de la terrasse, relié à la terre pour que la microfaune puisse y circuler. On a donc installé un bac en douglas de 4 mètres.

Au-dessus, j'ai soudé une « étagère à tomates » en treillis de fer à béton, celui qu'on noie d'habitude dans les chapes. C'est solide et pas cher. Les mailles ont aussi la bonne taille pour passer les tiges et accrocher une ficelle. Les pieds de tomates s'y appuient et se tuteurent au fil de la saison, sans forêt de piquets à replanter chaque printemps.

La structure sert aussi de squelette. Les années pluvieuses et fraîches, on y tend une bâche et le bac devient une petite serre à tomates. Les feuilles restent au sec, ce qui limite pas mal le mildiou. Les années de canicule, on remplace la bâche par un voile d'ombrage. La même structure a donc deux usages selon la météo.

Pose d'une protection intérieure dans le bac en douglas avant remplissageBac en douglas de 4 mètres le long de la terrasse, premiers montants de l'étagère à tomatesTreillis en fer à béton de l'étagère à tomates au-dessus du bac garni de boisBac en douglas garni de branchages et d'écorces, le long de la haie de charmesTerrasse en bois avec le nouveau bac en douglas et les tomates en pots, à OhainBac en douglas installé contre la haie, au bord de la terrasse en boisSoudure sur place de l'étagère à tomates en treillis de fer à bétonÉtagère à tomates terminée au-dessus du bac en douglas rempli de terreBac en douglas et étagère à tomates intégrés à la terrasse, entre haie et graminéesÉtagère à tomates en fer à béton vue de profil, prête à recevoir une bâche ou un voile d'ombrageÉtagère à tomates aperçue entre la haie de charmes et les graminéesÉtagère à tomates prête pour la saison prochaine, à côté des tomates en pots

Nourrir et décompacter un sol argileux

Restait à s'occuper du sol, ce fameux mélange d'argile tassée posé sur les restes du court de tennis. On a apporté trois amendements : du compost, de la terre sablonneuse et du fumier. Le compost et le fumier nourrissent le sol et sa microfaune, et ce sont les vers de terre et compagnie qui vont faire le gros du travail d'aération. La terre sablonneuse allège la structure, pour que l'eau s'infiltre mieux et que les racines descendent plus facilement.

Une argile ne se transforme pas en une saison. Mais chaque apport de matière organique la rend un peu plus souple et plus généreuse, et le gel et la pluie de l'hiver feront le reste.

Dans un des bacs replantés, on a installé de la menthe, entourée d'une barrière anti-racines. La menthe est généreuse, mais elle a vite fait de coloniser tout un bac si on la laisse faire. Avec cette barrière, elle reste dans sa zone, comme les framboisiers derrière leur bordure en corten. Ce sont de petits choix au moment de planter, mais ils évitent les débordements et des heures d'arrachage plus tard. C'est comme ça qu'on construit un potager facile à entretenir.

Un abri de jardin qui récolte l'eau de pluie

Dernière pièce du projet : un abri de jardin sur mesure, que j'ai dessiné pour coller aux besoins de Sylvie. Jusqu'ici, la serre MyFood servait un peu de débarras, et outils, oyas et paillage finissaient tous dedans. L'abri reprend ce rôle, et la serre retrouve sa place pour les cultures.

Pour les oyas, ce rangement est important. Avant l'hiver, il faut les sortir de terre, bien les nettoyer et les stocker à l'abri du gel. L'argile cuite est poreuse : si de l'eau reste piégée dedans et gèle, l'oya peut éclater. Et si on ne la nettoie pas, les pores finissent par se boucher et elle ne diffuse plus l'eau. Quelques minutes d'entretien par an suffisent pour qu'elles durent des années.

La toiture récupère aussi l'eau de pluie et l'envoie dans une cuve de 1000 litres. Sylvie a ainsi une réserve juste à côté du potager, pour remplir les oyas et arroser sans tirer sur l'eau de ville pendant les périodes sèches.

Pour l'habillage, c'est Julien, mon frère, qui a posé le bardage en ayous thermotraité, à claire-voie. Une cuve de 1000 litres, ce n'est pas franchement joli, alors le bardage la cache entièrement : seul le robinet dépasse. Si besoin, la cuve reste accessible par le dessus, depuis l'intérieur de l'abri. Le bois thermotraité tient dehors sans traitement chimique. Les lames espacées laissent circuler l'air, ce qui évite que le paillage et les outils prennent l'humidité. Et visuellement, l'abri se fond dans le jardin.

Un potager prêt pour les saisons à venir

Le jardin de Sylvie a maintenant de quoi faire face aux étés chauds. Les structures d'ombrage peuvent être habillées de voiles en attendant que kiwis, courges et concombres prennent le relais. Les oyas et la réserve de 1000 litres assurent l'eau, même pendant les vacances, et le sol s'améliore d'année en année. L'étagère à tomates peut devenir serre ou ombrière selon la météo, et la serre est enfin libérée. Il ne reste plus qu'à semer, et je repasserai voir comment tout ça évolue.

Votre jardin a lui aussi ses contraintes — sol difficile, plein soleil, vent ? On peut sans doute trouver une solution, comme pour Sylvie.

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