Création d'un jardin potager naturel à Neupré — chantier participatif en Condroz liégeois
À Neupré, à une dizaine de kilomètres au sud de Liège, ce jardin est parti de zéro : une pelouse retournée en friche, une propriétaire débutante et motivée, et un projet ambitieux pour transformer l'espace en un potager naturel, productif et facile d'entretien. Bacs surélevés inspirés de la permaculture, mare de biodiversité, serre récupératrice d'eau de pluie, massif de plantes comestibles, mur en pierres sèches, chemin de senteurs… Ce chantier participatif en province de Liège a été réalisé par étapes, avec Nathalie impliquée à chaque phase — du premier plan jusqu'aux premières plantations.
Écouter avant de concevoir : l'analyse du terrain à Neupré
En juin 2025, Nathalie me présente son terrain pour la première fois. C'est une friche — une pelouse laissée à l'abandon pendant la mise en vente de la maison. Derrière ce terrain un peu sauvage, il y a un projet de vie concret : cultiver ses propres légumes pour se nourrir sainement, avoir un jardin qui n'impose pas des heures de tonte chaque semaine, laisser des zones à la nature et à la biodiversité.
On parle aussi de ce qu'elle imagine à plus long terme : une mare, un potager surélevé, une petite serre, un espace compost, un futur poulailler, des structures pour faire grimper des kiwis, un coin détente avec barbecue. Et une contrainte bien concrète à intégrer dès le départ : une cuve à gaz enterrée arrivera en automne, imposant ses propres règles d'installation — pas de végétaux ligneux morts à moins de 3 m, accès dégagé tout autour.
À partir de cette visite, je construis trois propositions d'aménagement global. Chacune intègre les souhaits de Nathalie, les contraintes du terrain et une vision à long terme pour que le jardin demande de moins en moins d'entretien au fil des saisons. L'une des propositions s'impose naturellement, ce qui permet d'avancer sur le devis et de définir les grandes étapes du chantier.
Pour Nathalie, le jardinage est une découverte totale. Mais elle a la curiosité et l'envie, ce qui compte bien plus que l'expérience. On décide d'un chantier participatif : elle sera là, les mains dans la terre, à chaque étape de la mise en place.
"Je n'y connais vraiment rien, il va falloir tout m'expliquer"
Jour 1




















































Automne-hiver : poser les fondations du jardin naturel
Concevoir un jardin potager, on peut le faire toute l'année. Le mettre en place, c'est une autre histoire : l'automne et l'hiver restent les meilleures saisons pour travailler le sol, installer les structures et laisser les matières organiques commencer leur travail avant le printemps. C'est aussi le moment idéal pour récupérer les "déchets" utiles au potager — tailles, feuilles mortes, bois — que les jardins génèrent naturellement.
Délimitation des zones et bordures corten
La première opération : délimiter les plates-bandes destinées aux arbres et aux petits fruitiers. Ensemble, nous avons tracé et posé plusieurs dizaines de mètres de bordures en acier corten — un matériau qui se patine avec le temps et s'intègre naturellement dans un jardin au naturel. Les formes ont été pensées organiques et arrondies pour permettre le passage facile de la tondeuse sans repasser derrière avec les cisailles. Un espace s'encastre dans la terrasse pour casser la ligne droite et inviter à descendre au jardin.
L'herbe dégagée au débroussailleur n'a pas été évacuée — elle est repartie directement dans les bacs potager en première couche de matière organique.
Intégrer la cuve à gaz dans le paysage
La cuve à gaz, imposante, aurait pu devenir le point focal le plus disgracieux du jardin. Elle est désormais enfermée dans une structure en treillis métallique sur laquelle des plants de jasmin d'hiver ont été installés. Leur feuillage persistant cachera progressivement la cuve, et leurs fleurs jaunes apporteront de la couleur dès les premiers mois froids. Une contrainte transformée en atout décoratif.
Les bacs potagers surélevés
L'espace potager s'organise autour de bacs surélevés remplis selon les principes de la permaculture — butte lasagne, sol vivant, couches successives de matières organiques. L'avantage du bac, c'est qu'il retient la matière et concentre la vie du sol là où on en a besoin, sans entretien dans les allées. Une arche relie le grand bac à la cuve végétalisée pour permettre de cultiver les potirons en hauteur. Deux grands bacs supplémentaires ont été installés le long de la maison, dans un espace jusqu'alors inutilisé, plus abrité du vent et plus productif qu'une bordure de gazon.
Paillage et réseau mycorhizien
L'ensemble des zones de plantation a été recouvert de copeaux de bois feuillu. Ce paillage remplit plusieurs fonctions à la fois : il retient l'humidité, régule la température du sol, freine les mauvaises herbes et surtout nourrit progressivement le réseau mycorhizien — les champignons microscopiques qui permettent aux plantes d'accéder aux nutriments du sol bien plus efficacement. Moins d'arrosage, moins de désherbage, un sol qui s'améliore seul. C'est l'investissement le plus rentable en temps qu'on puisse faire dans un jardin.
La serre : récupération d'eau et ventilation automatique
En fin d'hiver, nous avons monté la serre ensemble et posé des dalles de récupération — issues du démontage d'une partie de la terrasse — pour créer un chemin intérieur propre et fonctionnel. Les tabatières ont été équipées de pistons à huile qui s'ouvrent automatiquement dès 25°C, sans intervention : la serre se ventile seule. Elle est parfaitement de niveau pour collecter l'eau de pluie aux quatre coins — environ 280 litres — reliés à trois cuves de 1 000 litres déjà raccordées à la maison. De quoi aborder la saison sèche avec une réserve confortable, complétée par le paillage et des oyas pour limiter encore les besoins en arrosage.
La mare, creusée le premier jour du printemps
La mare a été creusée en trois niveaux, pour que les futurs habitants — grenouilles, tritons, libellules — puissent entrer et sortir facilement et trouver l'exposition qui leur convient. La terre extraite n'a pas quitté le terrain : elle est allée directement dans les bacs potager, recouverte de fumier et d'une couche de compost pour être prête à accueillir les cultures de mi-mai. Rien ne se perd.
Suite à la participation de Nathalie à l'atelier semis de mars, ses choix de cultures ont été finalisés et son plan de potager arrêté. Les premiers fraisiers ont été plantés autour de la serre, bientôt rejoints par l'ail — une association classique et efficace.



Finition du jardin potager et premières plantations
Cette dernière phase, la plus vivante, a été réalisée avec Nathalie et Leho, le stagiaire — les mains dans la terre dès les premiers beaux jours.
La mare finalisée et intégrée dans le circuit d'eau
La mare a été raccordée au circuit hydraulique du jardin : le trop-plein du récupérateur d'eau de la serre sera dirigé via un tuyau enterré directement vers elle, par effet de château d'eau. Le trop-plein de la mare alimentera à son tour les sols alentours. Une gestion de l'eau en circuit fermé, pensée pour que le jardin se nourrisse de lui-même autant que possible.
Le massif des comestibles et son chemin de senteurs
L'une des zones les plus abouties de ce jardin liégeois est sans doute le massif des plantes comestibles. Rhubarbe, sauge, romarin, artichauts, choux de Toscane et choux frisés y cohabitent dans une logique à la fois productive et décorative. Un dénivelé naturel du terrain a offert l'occasion de construire un mur en pierres sèches — un habitat refuge pour les insectes auxiliaires, les lézards et une multitude de petits alliés du jardin. Le mur est couronné de romarin rampant, qui formera au fil des saisons de belles cascades de fleurs bleues.
Pour relier les espaces, un chemin en pas japonais a été tracé avec du thym serpolet en couvre-sol. À chaque pas, les feuilles libèrent leur parfum. Une façon simple et sensible de rendre un jardin agréable à traverser, pas seulement à regarder — et une invitation permanente à aller voir ce qui pousse.
Plantations en équipe
Fleurs, aromates et plantes compagnes ont été mis en place ensemble. C'est souvent ce moment-là, tête baissée sur une motte de terre, qu'on apprend le mieux : comment espacer, pourquoi certaines plantes se plaisent côte à côte, ce que "bien drainer" veut vraiment dire en pratique.
Les bacs potagers finalisés et le sol en place
Un dernier apport de fumier et de compost est venu compléter les couches de lasagne dans les bacs. La terre du creusement de la mare a servi de base pour les bacs les plus récents — une économie de matériaux et une logique de terrain qui se referme sur elle-même. Pour faciliter l'entretien au quotidien, les bacs sont entourés à leur base de klinkers : la roue de la tondeuse peut longer le bord sans effort, ce qui supprime définitivement le coup de cisaille fastidieux tout autour.
La serre aménagée pour la saison chaude
L'intérieur de la serre a été structuré avec des planches et des dalles de récupération — d'anciennes bordures et dalles du jardin reconverties en séparations et chemins intérieurs. Cet espace accueillera tomates, aubergines et poivrons dès que les nuits seront assez douces pour transplanter. Chaque centimètre est pensé pour être productif sans être surchargé.
Le plan de potager 2026 est lancé
Pour clore le chantier, le plan de culture pour la saison a été finalisé ensemble. Les premiers semis sont déjà en place : mâche et épinards ont trouvé leur coin à l'ombre pour profiter de la fraîcheur de fin de printemps. Nathalie sait maintenant où va quoi, et surtout pourquoi.
Un jardin pensé pour durer, pas pour contraindre
Ce chantier à Neupré, c'est un bon exemple de ce que peut devenir un terrain ordinaire quand on prend le temps de l'écouter et de le concevoir globalement. Pas de tonte épuisante, pas de sol mort qu'il faut re-fertiliser chaque année, pas de corvée d'arrosage en plein été. Chaque élément installé — le paillage, la mare, le circuit d'eau, les bacs en lasagne, les associations de plantes — travaille à la place du jardinier.
Nathalie est passée de "il va falloir tout m'expliquer" à quelqu'un qui plante ses fraisiers, lit son terrain et suit l'évolution de sa mare avec curiosité. C'est aussi ça, un chantier participatif : on construit un jardin, et on apprend à le comprendre en même temps.
Potago intervient dans toute la province de Liège et la province de Namur pour concevoir et réaliser des jardins potagers naturels, faciles d'entretien et pensés sur le long terme — seul ou en chantier participatif, selon le projet et les envies.
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